Ma deuxième semaine de vacances touche à sa fin. Je reprends le travail mercredi. Je n’ai rien fait de spécial, je ne suis pas partie quelque part. Je suis restée à la maison, et pendant la canicule, je suis restée enfermée dans le noir, dans ma chambre, à avaler des séries: Penny Dreadful, Sense8, j’ai terminé Arrested Development. Je me suis levée vers 8h tous les matins, en même temps que mes parents. Qui partent en vacances dimanche matin, avec mes filleuls, mon frère et sa compagne, et le chien. Je vais être seule pendant deux semaines, puis ils vont revenir avant de repartir à la montagne. Je vais donc être entièrement seule, mais pas forcément tranquille. Comme tous les ans, mon père a installé des pots de fleurs devant la maison, que je vais devoir arroser tous les soirs après le boulot. Je vais devoir m’occuper un peu du potager, ce qui est probablement l’activité la moins passionnante pour moi.


Je n’ai pas perdu de poids depuis le retrait de l’implant contraceptif. Mais je n’ai pas spécialement fait attention à mon alimentation non plus, à vrai dire. J’ai toujours eu un problème avec la nourriture. Petite, j’étais maigre, j’avais un petit estomac vite rassasié, et quand j’étais en colère/triste (ce qui arrivait souvent), je n’arrivais pas à manger. D’où les luttes interminables avec mon père, qui me harcelait pour que je mange toujours plus. Du coup, les repas sont devenus des corvées. J’adore manger, je grignote entre les repas, mais à table, j’ai vite plus faim, et parfois ça me saoule tellement de devoir aller manger que je refuse. Mais du coup je grignote n’importe quoi en dehors, ce qui n’aide pas spécialement à maigrir. Ce qui me rend triste, c’est de voir ma filleule traverser la même chose. Elle est toute maigre, a du mal à manger, même quand c’est quelque chose qu’elle aime bien. Je la vois, à regarder ailleurs, la bouche un peu ouverte, perdue dans ses rêveries. Je vois mon père qui l’engueule quasiment à chaque repas, la menace des choses les plus stupides (« Tu ne partiras pas en vacances avec nous » alors qu’elle sait très bien que c’est faux), l’envoie manger à la cuisine, l’oblige à rester à table tant qu’elle n’a pas finit. Ce que je déteste le plus, c’est moi qui m’allie à mon père, en cherchant à la forcer à manger. Parce qu’il faut quand même bien qu’elle mange, cette petite crevette qui s’est cassé trois fois la même cheville, pour être moins fragile physiquement. Je me déteste parce que j’étais comme elle, que j’ai détesté mon père pour me forcer à manger au point qu’aujourd’hui, à 30 ans, j’ai un rapport hyper compliqué et malsain avec la nourriture. Je voulais à tout prix l’empêcher de subir la même chose, mais la peur de la colère de mon père, si écrasante, humiliante, qui donne envie de pleurer, même à 30 ans, m’empêche de la protéger et de lui dire d’arrêter de la faire chier, parce que tout ce qu’il va réussir à faire, ce qu’il réussit à faire, c’est de lui faire voir chaque repas avec lui comme une punition, une corvée, et que ce n’est pas comme ça qu’elle va manger plus et mieux, bien au contraire. Mais voilà, mon père a toujours été obsédé par la bouffe, il ne parle que de ça, il me demande tous les jours ce que je veux manger, alors que ça fait 26 putain d’années que je n’ai jamais aucune idée parce que je m’en fous totalement et qu’en plus, je sais très bien qu’il y a 90% de chance que ça se termine par un « Bon j’ai changé le menu finalement ».

Je viens de me rendre compte qu’il a pourtant laissé de côté une phrase qui me donné à chaque fois envie de lui enfoncer sa fourchette dans la gorge, une phrase qu’il sortait à chaque fois que j’osais dire que je n’aimais pas tel plat ou tel aliment : « Eh ben tu as tort ». Comment on peut avoir tort là dessus? Il a fini par comprendre que ça me foutait en rogne, alors il a arrêté mais il la ressort parfois aux enfants. Je le déteste de faire ça. C’est tellement idiot de sa part, tellement symptomatique de son désir insatiable d’avoir toujours raison sur absolument tout. Et cette putain de façon de prendre mes filleuls pour des imbéciles. Quel degré d’idiotie faut-il avoir pour croire une seule seconde qu’il va arriver à leur faire prendre des haricots verts pour des frites? Non seulement ils ne le croiront jamais, mais en plus ils ne vont plus lui faire confiance, vu qu’il passe son temps à leur raconter n’importe quoi pour les forcer à manger. Mais voilà, c’est mon père, tellement sûr de lui, arrogant, méprisant, qu’il est foutu de te brandir le thermomètre sous la gueule pour te persuader que non, tu n’as pas froid, bordel, il fait 24°, tu ne PEUX PAS avoir froid, malgré tes frissons. J’attends avec impatience le jour où il nous dira que non, on n’a pas envie de pisser, parce qu’on n’a pas bu depuis une demi-heure.


Il va quand même falloir que je règle mon problème, parce que je commence à en avoir marre d’acheter les mêmes fringues que ma mère. Le plus dur c’est de se lancer, et tant que mon père est là, ce n’est pas spécialement possible. Il n’est pas du genre à soutenir, et bien évidemment, il a sa propre idée de la diététique. Je vais essayer de profiter de ses vacances pour m’y mettre. Bon, le plus gros souci, c’est que je déteste cuisiner, mais vraiment, ça m’ennuie profondément. Mais il faudra bien que je m’y mette.
Je sais qu’il faudrait aussi que je me mette à pratiquer une activité physique, mais pareil, j’ai toujours détesté le sport. Je suis intimement persuadée que cette histoire d’endorphine est un mensonge éhonté soutenu par les salles de gym et les boutiques de sport pour augmenter leur chiffre d’affaire. J’aimerai bien retourner à la piscine, mais je me sens pas le courage de montrer mon corps à tout le monde et en plus, à part la grenouille, je sais rien faire. La course à pieds, je crois bien que c’est ce que je déteste le plus, et le vélo, bof. Oui c’est hyper super mal parti.
C’est quand même bien dommage que lire ne fasse pas maigrir, parce que sinon, je perdrais mes 25 kilos en trop en un mois, facile.