QTrNn7DETWGsjyS5L2n5__MG_8345J’en ai déjà sans doute parlé et reparlé, mais je me rends compte que j’ai quand même beaucoup changé, ou évolué, depuis que je suis partie vivre à Paris et que j’en suis revenue. Je me souviens que la première année d’alternance, j’étais très angoissée, chaque erreur me donnait envie de me foutre des baffes et je me sentais tellement nulle que j’étais persuadée qu’on allait me virer.


Je suppose que c’est l’âge qui joue, mais je me sens beaucoup moins angoissée qu’avant. Peut-être parce que je ne prends pas mon boulot trop à cœur, je le vois plus comme un moyen de subsistance et le moyen d’obtenir mon indépendance que comme un « vrai » travail. Autant avant j’angoissais de me faire virer, autant maintenant, je ne me vois tellement pas travailler plusieurs années dans une même société (de toutes façons, à l’heure actuelle, c’est plutôt rare) que mon statut d’intérimaire/saisonnière ne me dérange pas. J’aime bien avoir une date de fin, savoir quand ça s’arrête (comme j’ai bien savoir combien il y a de pages dans mon livre et combien de minutes dure un film) et passer à autre chose.


En ce moment, je suis en contrat saisonnier, depuis avril, et on me forme pour remplacer une collègue pendant son absence. Honnêtement, la formation ne se passe pas tellement bien. Je comprends ce qu’on me demande, les étapes, mais l’enchaînement du tout est confus, et surtout, je ne connais pas suffisamment l’entreprise et les autres postes pour être opérationnelle (d’ailleurs, je ne comprends pas pourquoi c’est moi qu’on forme au lieu d’une personne plus expérimentée). Je fais néanmoins de mon mieux, mais ma collègue n’est pas vraiment formatrice, et j’ai souvent du mal à la comprendre (et vice versa). Parfois, je lui dis quelque chose, elle me répond automatiquement que « non, c’est pas ça » pour finir par dire la même chose. C’est lourd, ça m’embrouille, ça ne m’aide pas du tout. Et aujourd’hui, donc, après une troisième journée, des notes reprises de A à Z (plus ou moins claires), en ayant mis de côté mes réserves, elle termine par « Demain, tu te débrouilles toute seule, et si t’es pas au point, tu ne le seras jamais. » Bien élevée, prompte à plaire à l’autorité, je réponds automatiquement que « Avec les notes ça devrait aller quand même ». Intérieurement, ses propos me laissent plus pantoise que paniquée.


Et c’est donc là que je me rends compte, encore une fois, que j’ai changé. Avant, j’aurais paniqué, je n’en aurais pas dormi de la nuit, mes intestins auraient fait un grand huit en continu, etc. Maintenant? Je m’en fous. Je ferais ce que je pourrais, comme je le pourrais, et si ça ne va pas, ils n’ont qu’à me mettre à la porte, je n’en ai strictement rien à foutre. Au contraire, je crois que ça me soulagera. Je ne me rendrais certainement pas malade pour un boulot « mineur », le monde n’en dépend absolument pas, moi non plus, et je n’ai pas envie de me plier en quatre pour une entreprise qui me considère comme de la chair à canon. Alors bien sûr, je reste professionnelle, consciencieuse, je fais le boulot qu’on me demande comme on me le demande, mais je ne peux pas faire plus si on ne m’en donne pas les moyens. J’ai clairement arrêté de me prendre la tête sur les incohérences, les incongruités, les non sens et la bêtise des entreprises qui m’emploient.